Les Théories allemandes
Tels Richard Neutra,
Rudolf Schindler ou Antonin Raymond, les Etats-Unis ont accueilli un grand
nombre d'émigrés d'Europe centrale. C'est aussi vers les
Etats-Unis que se sont dirigés les Allemands qui fuyaient leur pays
au milieu des années 1930; des grands noms de l'architecture s'y
sont ainsi installés.
En 1937, Walter Gropius obtient un poste de professeur à l'Université de Harvard à Cambridge, Massachusetts. Un an plus tard, Mies van der Rohe est nommé professeur à l'Institut de Technologie de l'Illinois (I.I.T.). Marcel Breuer, plus jeune et d'origine hongroise, mais attaché au Bauhaus pour y avoir d'abord étudié puis enseigné, rejoint Walter Gropius à Cambridge où ils s'associent.
Cette phase de leur activité, passée aux Etats-Unis, a permis, à chacun d'entre eux d'être reconnus à leur juste valeur. Mais ces architectes avaient déjà une carrière derrière eux, en Allemagne. Walter Gropius et Mies van der Rohe avaient déjà plus de 50 ans, (respectivement 54 et 51 ans) lorsqu'ils sont arrivés aux Etats-Unis, et c'est certainement d'ailleurs grâce à leur passé en Allemagne qu'ils ont pu obtenir de telles situations outre-Atlantique.
En considérant précisément cette période allemande de leur carrière, et le contexte historique du début du XXème siècle dans lequel elle s'est écoulée, on peut s'attacher à retrouver la place que le Japon a pu tenir en Allemagne, et les relations que ces architectes allemands ont pu alors entretenir avec ce pays.
Un autre architecte allemand,
Bruno Taut, contraint d'émigrer en 1933, avait aussi choisi de s'installer
aux Etats-Unis. En orientant son itinéraire de départ vers
l'est, il prévoyait un court séjour au Japon, et bien qu'il
pensait à l'origine poursuivre son voyage jusqu'aux Etats-Unis,
c'est en fait au Japon qu'il s'établit définitivement, pour
reprendre ses activité.
L'Allemagne, non moins que l'Angleterre et l'Ecosse, l'Autriche ou les Etats-Unis a participé aussi au développement du japonisme, dès la fin du XIXème siècle. Même si les manifestations y étaient moins expansives et démonstratives qu'ailleurs, et notamment moins spectaculaires que les expositions universelles avaient pu l'être à Paris et à Londres, elles contribuaient à l'éclaircissement de l'art japonais, et aussi à le répandre.
Cette divulgation de l'art japonais, s'est faite en Allemagne principalement par les musées, grâce aux collections permanentes chèrement acquises et grâce aussi à l'organisation d'expositions temporaires.
Des grands musées allemands à avoir rassemblé d'importantes collections d'objets d'art japonais, sont connus, certainement aussi grâce à la personnalité et au goût particulier de leur conservateur, les musées de Dresde et de Hambourg. Et, à Berlin, l'Académie organisait des expositions rassemblant des collections privées.
Dresde, centre artistique et culturel du XVIIIème siècle, avait déjà son "Palais japonais" (1), mais c'est à la fin du XIXème siècle que son musée s'est enrichi de collections extrême-orientales et japonaises en particulier. Le conservateur du musée de Dresde, Waldemar von Seidlitz (2) s'était depuis longtemps intéressé à l'art japonais. C'est à lui que le musée doit ce développement des collections japonaises, dont beaucoup ont été acquises à Paris, en 1900 à l'issue de l'exposition universelle, et en 1902 à l'occasion de la vente de la collection Tadamasa Hayashi.
Le conservateur du musée de Hambourg (Museum für Kunst und Gewerbe), le Dr.Justus Brinckmann (3) était aussi un japonisant avéré. En 1900, il était membre d'Honneur de la Société franco-japonaise, et avait collaboré à la revue de Samuel Bing, Le Japon Artistique. Collectionneur lui-même, il se rendait acquéreur, à Paris, en 1897, d'objets d'art japonais ayant appartenus aux frères de Goncourt, pour le musée de Hambourg.
Quant à Berlin, une exposition d'art chinois et japonais y était organisée, en 1912, dans les galeries de l'Académie, avec le concours du Dr.Kummel. Elle était composée d'objets des collections de MM.Jacoby de Berlin, Oeder de Düsseldorf et de Moslé de Leipzig (4).
D'autre part, on peut supposer que la présence du Japon si fortement marquée en Angleterre ait pu arriver jusqu'en Allemagne, notamment par l'intermédiaire de Hermann Muthésius, qui en 1903 rentrait de Londres, où il avait exercé la fonction d'attaché culturel auprès de l'Ambassade d'Allemagne.
Enfin, et plus tardivement, après 1944, Ernest Neufert, professeur à l'Ecole supérieure technique de Darmstadt se rendait au Japon. Ce séjour lui a permis de compléter, dans des éditions ultérieures, le chapitre consacré aux "dimensions des constructions au Japon", de la première édition allemande de son incontournable Coordination dimensionnelle dans la construction (5). Là, il fait référence à un ouvrage de l'ingénieur allemand Baltzer, Das Japanische Haus, qui date de 1903.
Puis, en 1953, Werner Blaser,
qui travaillait dans l'agence de Mies von der Rohe, fait un voyage au Japon,
qui aboutira, dans les années 1960, à la publication de Struktur
und Gestalt in Japan (6).
- Ses relations avec le Japon - Walter Gropius avait, lui aussi, fait un voyage de plusieurs mois au Japon, en 1954, pour le compte de la Fondation Rockfeller. Là, il avait pu globalement apprécier toutes les qualités de l'architecture traditionnelle japonaise.
En opposition, l'expression
architecturale sublime de la Villa impériale de Katsura a un impact
sur le spectateur qui se trouve élevé infailliblement à
un haut niveau spirituel. Symbolisant les idéaux humains et les
vertus de la société japonaise et son style de vie, la Villa
de Katsura illustre le plus haut degré du développement architectural."(9)

109 - A.Raymond, W.Gropius et Ed.Stone réunis à Tokyo, en 1954.
A la suite de cette interview, Walter Gropius et Edward Stone étaient accompagnés par Antonin Raymond pour rendre une visite à Kenzo Tange, dans sa maison de Tokyo.
C'est certainement cette rencontre entre Gropius et Tange (qui devait donner aussi après Gropius des conférences à la même université de Harvard aux Etats-Unis), qui incitait, six ans plus tard, les deux hommes à publier en collaboration avec Y.Ishimoto, un ouvrage sur l'architecture de Katsura.(11)
Quatre ans plus tard, en 1964, Gropius rédigeait la préface du livre de Heinrich Engel, The Japanese House - a tradition for contemporary architecture, ouvrage dont le projet avait été inspiré à l'auteur par Gropius lui-même.

110 - Variations autour du tatami.
Mais en fait , ce voyage, ces rencontres et les travaux qu'elles ont entraînés, tous ces liens qui rapprochent Gropius plus ou moins directement du Japon, sont contemporains de sa période américaine. Ils concernent la fin de sa carrière et non son activité en Allemagne.
Mais, comme Gropius le souligne lui même, il avait retrouvé dans l'architecture japonaise qu'il venait d'apprécier, l'expression de certaines idées qui avaient motivé son enseignement au Bauhaus, au cours des années 1920, en Allemagne.
- Le Bauhaus - Le parallèle
constaté par Gropius, entre ces façons que les réalisations
japonaises et les théories développées au Bauhaus
ont d'aborder les choses, peut être repris sur différents
points.
Avant de détailler certaines des théories préconisées dans l'enseignement du Bauhaus, on peut s'attarder sur ses méthodes propres d'enseignement.
Gropius, en fondant le Bauhaus à Weimar en 1919, réunissait la direction de deux écoles: l'Ecole des Arts appliqués (die Kunstgewerbeschule) et l'Ecole supérieure des Arts plastiques (die Hocheschule für bildende Künste). Son but était de "réconcilier les arts et les métiers, les arts et la technique" (15).
De la même façon
que le rapprochement entre les guildes fondées en Angleterre et
les Maîtres japonais avait été fait (voir l'Essor anglais
- Le Mouvement Arts and Crafts - Les Guildes), on peut mettre en rapport
ces théories du Bauhaus avec le mode d'exercice de la profession
d'architecte au Japon.
C'est, avant tout, la réputation d'un grand théoricien que Walter Gropius s'est forgé.
A propos de la structure innovatrice de la "nouvelle architecture", et des solutions qu'elle rend possibles par rapport aux modèles classiques, Gropius note que:
L'abolition de la fonction
séparatrice du mur a été l'une des réalisations
marquante de la nouvelle technique de construction. Au lieu de faire du
mur un élément de support, comme dans une maison de briques,
notre nouvelle manière de bâtir gagne de l'espace en transférant
tout le poids de la structure à une charpente d'acier ou de béton.
Ainsi, le rôle des murs se réduit à celui de simples
écrans, tendus entre les piliers de cette charpente, protégeant
de la pluie, du froid et du bruit. Pour réduire encore le poids
et le volume, ces murs - simples cloisons - ne supportant plus rien, sont
faits d'un béton léger (...). Cette situation, (...), conduit
naturellement à une ouverture de plus en plus audacieuse (c'est-à-dire
plus large) des surfaces murales (...). Il est, par conséquent,
parfaitement logique que l'ancien type de fenêtre - un trou qu'il
fallait creuser dans une pleine épaisseur d'un mur de support -
doive être progressivement supplanté par les croisées
horizontales continues, subdivisées par de minces meneaux d'acier,
caractéristiques de la nouvelle architecture. Conséquence
directe de la prépondérance progressive des vides sur les
pleins, le verre assume une importance structurale encore plus grande."(18)

111 -Prépondérance des pleins sur les vides.
Gropius envisageait aussi le principe de l'ossature porteuse comme une technique favorisant la flexibilité de l'espace intérieur, et la "fluidité" des relations intérieur-extérieur.

112 - "Unité dans la diversité", vue par Gropius.
Avant même d'avoir abordé le Japon, en 1954, Gropius alors encore Directeur du Bauhaus à Dessau, l'avait déjà approché; certes pas directement, mais par la présence de jeunes étudiants japonais dans son école.
113 - The Japan Architect, 1927.
En guise de conclusion et moins sérieusement, mais peut-être plus poétiquement, la présence quotidienne de sa femme, Ise, ne devait pas rester sans évoquer à Gropius, le plus ancien des sanctuaires shinto du Japon.

114 - Le Corbusier avec Walter
et Ise Gropius, à Paris, 1930.
L'activité architecturale
de Bruno Taut en Allemagne avait été intense. Elle peut être
caractérisée par: une production variée, des réalisations
d'envergure (cités-jardins de Magdeburg en 1914 et 1921, et de Falkenberg
près de Berlin en 1913-1914), des essais manifestes ("Monument des
Eisens" de l'exposition de Leipzig en 1913, "Glashaus" de l'exposition
de Cologne en 1914), des écrits polémiques (die Stadtkrone,
die Alpine Architektur), des idées marquées (utopisme,
rationalisme), une position influente et engagée (membre fondateur
de l'Arbeitsrat für Kunst en 1918, et du Novembergruppe), et la responsabilité
de postes officiels (architecte de la deutsche Gartenstadtgesellschaft
en 1912, architecte de la Ville de Magdeburg de 1921 à 1923, architecte-conseil
du GEHAG de 1924 à 1932, professeur d'architecture de la Technische
Hochschule de Berlin de 1930 à 1932, et élu de l'Académie
des Beaux-Arts de Prusse en 1931).
Mais, comme Walter Gropius ou Ludwig Mies van der Rohe, quelques années avant eux, il avait été contraint de quitter l'Allemagne. Comme eux aussi, il avait choisi d'émigrer aux Etats-Unis, finalement déçu par l'orientation prise par l'architecture soviétique qui ne correspondait pas à ce qu'il attendait.
Au départ de ce voyage
définitif à destination des Etats-Unis, Taut prévoyait
une étape au Japon. Mais, en fait, ce qui ne devait être qu'une
escale au cours du voyage est devenu une véritable étape
dans la carrière de Taut, qui n'est plus jamais allé juqu'aux
Etats-Unis.
- Son itinéraire japonais - Même si Taut n'avait pas projeté d'y séjourner si longtemps, son choix de visiter le Japon n'est pas un hasard. Cette obligation de fuir l'Allemagne devenait pour lui l'occasion d'accepter l'invitation d'amis japonais, à laquelle ses occupations l'avaient jusqu'alors empêché de répondre.
Dès le début des années 1930, Bruno Taut et son frère Max entretenaient une correspondance avec l'architecte japonais Isaburo Ueno.
Isaburo Ueno (1892-1972) était le représentant de "l'Internacia Asocio Arkitekta en Japanujo", association fondée à Kyoto en 1927 comme "section japonaise des CIAM" (26), et à laquelle Bruno et Max Taut, ainsi que Peter Behrens et Walter Gropius faisaient partie en tant que personnalités étrangères invitées.
En 1933, Bruno Taut était invité par Isaburo Ueno, au nom de l'association, et ses confrères de Tokyo, Gonkuro Kume (1895-1965) et Chikatada Kurata (1895-1966) s'étaient chargés de l'accueillir.
Le 3 mai 1933, Bruno Taut et sa femme Erika, débarquaient à Tsuruga, petite ville des côtes de la Mer du Japon, au nord de Kyoto. Ils devaient rester au Japon trois ans et demi jusqu'au 15 octobre 1936.
C'est à Kyoto et à sa région qu'étaient destinées les premières visites de Taut et de ses hôtes.
"A propos des environs du pavillon de thé Shokintei, (...) Taut fait une remarque intéressante. "Il y avait des pierres rugueuses, il y avait quelque chose comme un désert sur la mer, et une petite pointe de terre de pierres rondes avec une lanterne de pierre à la pointe de laquelle parlait la solitude. Plus loin, le caractère des chemins subsiste avec leurs grosses pierres encore plus rondes et repoussantes jusqu'au pont qui conduit au Pavillon de thé (...). Je repartais sur le chemin encore une fois, jusqu'où se transforme l'idylle en sérieux, et je regardais l'étang, avec la Villa à droite et le Pavillon de thé à gauche. M.Ueno dit: "ici, nous sommes en effet à un endroit décisif" ... Nous nous sommes assis sur la partie en bois de la véranda de cette pièce (du Shokin-tei). Nous voyions, dans le soleil, les chutes d'eau briller, dont le bruit était encore perceptible. Je jetais un coup d'oeil dans la pièce, regardais longuement le Tokonoma en face, qui ici à l'opposé de tous ceux que j'avais vu, était décoré de carrés bleus et blancs. Ce qui ailleurs serait de mauvais goût, doit trouver ici son sens déterminant. Et, mes deux amis japonais assuraient que l'on pouvait le considérer d'une certaine manière comme un reflet de la chute d'eau qui est ici visible et perceptible.
Ce Pavillon de thé
n'avait rien du sévère style de la Villa. Tout était
rustique, le toit de châume, les poteaux non équarris, les
pierres, etc... Et, cependant tout était d'une telle unité
que chaque pensée d'une imitation de ce style doit paraître
ridicule simplement parce qu'aucun homme ne porte encore aujourd'hui en
lui les mêmes conditions spirituelles que l'auteur de cette oeuvre"."(29)

115 - Shokin-tei de la Villa impériale de Katsura.
S'éloignant de Kyoto, Taut a aussi visité le sanctuaire shinto d'Ise, ainsi que des fermes traditionnelles.
Puis, il visita presque tous les jours des constructions anciennes à Kyoto et dans ses environs, à Nara et Ise, où dans le sanctuaire d'Ise, il découvrit l'ancienne forme de l'architecture shinto. C'était sa deuxième grande expérience depuis sa visite de la Villa Katsura."(30)

116 - Bruno Taut devant sa maison de Takasaki.
A Takasaki, de ce séjour
prolongé de Taut, reste une plaque commémorative sur laquelle
est gravée sa pensée de remerciements: "J'aime la culture
japonaise".
- Ses activités - L'activité de Taut au Japon se partage, d'une façon non équitable, entre sa pratique de l'architecture, son activité professionnelle à Takasaki, et enfin ses écrits. Ce sont ces derniers, par leur nombre et par les idées qu'ils véhiculent qui, en Occident, demeurent le témoignage le plus important de son séjour au Japon.
La pratique architecturale de Taut au Japon reste limitée; il n'a, en effet, pas eu l'occasion de beaucoup y construire. Il considérait d'ailleurs lui-même, que son étape japonaise en représentait, pour l'architecte, qu'un temps de pause. Il n' a été fait appel à lui que pour deux projets, mais il n'a réellement participé qu'à la réalisation d'un seul.

117 - Résidence Okura, 1936.

118 - Plan de la maison Hyuga à Atami, Taut.
Enfin, le seul projet de Taut réalisé au Japon, est celui de la maison Hyuga à Atami sur l'océan Pacifique.
De plus Taut avait étudié dans d'excellents ateliers de Kyoto, d'Osaka et de Tokyo et savait porter de bons jugements sur la production industrielle japonaise de Sendaï.
Si l'on sait tout cela, alors on comprendra sa critique sévère aux jeunes collaborateurs de l'usine.(...)
En outre, les intellectuels parmi nous se sont enthousiasmés pour son livre "Nippon". Dans son deuxième livre "Japanische Kunst", il s'explique d'une manière critique, sur la peinture et la sculpture, et aussi sur notre artisanat d'art. Grâce à cela, il était reconnu comme un expert du Japon, et se trouvait soutenu dans ses idées sur ses travaux en bambou, laque, bois, papier et textile, qui l'intéressaient tant.
Là, il développa des techniques jusqu'alors inconnues au Japon, et il inventa des nouvelles formes pour la production artisanale en tout genre."(35)
Ces meubles se laissent produire en série et se vendre très bien, comme les boîtes à cigarettes et commme les simples assiettes. La madrure du bois se faisait valoir plutôt joliement; c'était au Japon encore inconnu; un élément décoratif à emprunter à la nature du matériau - à celà les gens ont été sensibles aussitôt. Taut lui-même aimait la belle madrure du maronnier d'Inde, et au Japon, on a un penchant pour elle. Je ne veux pas prétendre que Taut aurait été le seul à mettre en évidence l'aspect décoratif des matériaux, mais au Japon, il fut le premier. (...)
Dans sa façon de concevoir
la mise en forme des matériaux, Taut fait partie, avec les autres
grands designer de son époque, de la tendance "Werkbund", et des
pionniers du modernisme."(36)

119 - Objets crées par Taut dans l'usine de Takasaki.
D'autre part, Tokuguen Mihara voit aussi dans certains objets réalisés à Takasaki une représentation des idées visionnaires que Taut avait déjà exprimées dans ses projets expressionnistes tels le "Monument des Eisens" ou la "Glashaus" de Leipzig et de Cologne. Il choisit, comme exemple, la description d'une horloge:
A l'époque, je ne comprenais pas pourquoi Taut s'obstinait tant avec cette double spirale, qu'il employait aussi pour les boîtes de cigarettes, et pour plusieurs autres petits objets. Comment en était-il arrivé là?
(...) Je venais seulement de comprendre son idée. (...)
Taut a conçu une horloge, qui devait nous rappeler constamment le caractère infini du temps. Voilà la raison de la double spirale comme cadran.
Par conséquent, jusque dans les objets d'usage courant, son façonnage très spirituel de la représentation du monde justifié est pris comme base. Ils caractérisent le travail de sa vie entière."(37)
Essentiellement consacrés à l'architecture japonaise, ils se présentent sous différentes formes: Tout d'abord et certainement les plus connus trois livres (Nippon, mit europaïschen Augen gesehen publié en juillet 1933 soit seulement deux mois après son arrivée, Japans Kunst, mit europaïschen Augen gesehen publié en février 1935 et enfin, Das japanische Haus und sein Leben publié en janvier 1936), un journal ("Bis Japan") et des notices de voyage ("Reisenotizen - Japan") commencés dès le premier jour passé au Japon, puis différents textes ("Architektur überlegungen" de novembre 1935, "Wie kann eine gute Architektur entstehen" de mars 1936, et "Was ich in Japan tue" texte publié à l'occasion de l'exposition de ses travaux à Tokyo en novembre 1935) ainsi que le sujet d'une conférence donnée en octobre 1935 ("Grundlinien der Architektur Japans").
Dans tous ses écrits, et notamment dans son journal de voyage, Taut, accorde une place importante à la Villa impériale de Katsura (voir notes 28 et 29), qu'il avait beaucoup appréciée, et qu'il considérait comme une pure représentation des idées de modernité et de fonctionnalisme qu'il avait lui-même énoncées avant de les trouver ici illustrées.
Comment peut-on qualifier cette architecture avec des concepts modernes? (...) On finirait par être d'accord qu'elle est "une architecture fonctionnelle". (...) Et, c'était le grand miracle, que tous ces desseins étaient rassemblés en un tout, que les limites entre-eux n'étaient pas perceptibles. Entière confirmation de ma théorie, que je croyais avoir trouvé comme un fondement valable de l'architecture moderne."(38)
"A l'étonnement de Taut, la Villa de Katsura et le sanctuaire d'Ise, ainsi que les fermes de Shirakawa avaient "grandis" si dépouillés, comme la Glashaus dans "Alpinen Architektur" et "die Auflösung der Städte". Il semblait à Taut qu'ils étaient des "maisons de cristal" en bois, étant issus du climat et de la terre du Japon.(40)
Bien que, ou justement puisqu'il n'a pas pu construire au Japon, mais qu'il ait dû vivre comme un observateur intelligent et libre, il a pu poursuivre ses pensées (...). Ainsi, il a pu peindre et écrire à propos de la Villa Katsura d'une manière différente et unique, comme il avait commencé dans les images et les mots de "Alpinen Architektur" et de "die Auflösung der Städte (...), une cristallisation idéalisée et utopique de ses pensées."(41)
Notes:
(1)voir chronologie - 1715.
(2)voir chronologie - 1897.
(3)voir chronologie - 1889.
(4)KOECHLIN, Raymond, Correspondance d'Allemagne: l'exposition d'art chinois et japonais à l'Académie de Berlin, in Gazette des Beaux-Arts, décembre 1912, pp.489-494.
(5)NEUFERT, Ernest, La coordination dimensionnelle dans la construction, Dunod, Paris, 1967.
(6)BLASER, Werner, Struktur und Gestalt in Japan, Les éditions d'Architecture, Artémis Verlag, Zurich, 1963.
(7)GROPIUS, Walter, préface de ENGEL, Heinrich, The Japanese House - a Tradition for contemporary Architecture, Tuttle, Rutland & Tokyo, 1964, pp.17-18.
(8)DOHI, Yoshio, Bruno Taut, sein Weg zur Katsura-Villa, in B.Taut - 1880-1938, Akademie der Kunst, pp.120-128, cite GROPIUS, Katsura: Tradition and creation in Japanese architecture, New Haven, Yale University press, 1960.
(9)GROPIUS, Walter, cité par Ching-yu Chang, Japanese spatial conception-5, in The Japan Architect, aug.1984, n°328, p.63.
(10)RAYMOND, Antonin, An Autobiography, Tuttle, Rutland & Tokyo, 1973, pp.246-247.
(11)GROPIUS, TANGE, ISHIMOTO, Katsura: Tradition and cration in Japanese architecture, op.cit. note(7).
(12)GROPIUS, Walter, op.cit. note(8), p.17.
(13)GROPIUS, Walter, Apollon dans la démocratie, la nouvelle architecture et le Bauhaus, La Connaissance S.A. Bruxelles, 1969, p.91 et p.92.
(14)GROPIUS, Walter, op.cit. note(8), p.17.
(15)RAGON, Michel, préface de GROPIUS, op.cit. note(12), pp.7-12.
(16)RAGON, Michel, Histoire de l'architecture et de l'urbanisme modernes, Tome 2, Seuil, Paris, 1991, p.112.
(17)RAGON, Michel, op.cit. note(14), p.9.
(18)GROPIUS, Walter, op.cit. note(12), p.107.
(19)BOUSQUET, George, L'art japonais, ses origines et ses caractères distinctifs, in Revue des deux Mondes, 15 mai 1877, pp.288-329, voir annexe 2.
(20)GROPIUS, Walter, op.cit. note(12), p.48.
(21)RAYMOND, Antonin, op.cit., p.246.
(22)GROPIUS, Walter, op.cit. note(12), p.48.
(23)RAGON, Michel, op.cit. note(15), p.11.
(24)RAGON, Michel, op.cit. note(16), Tome 3, p.205.
(25)CHANG, Ching-yu, Japanese spatial conception-9, in The Japan Architect, jan.1985, n°333, p.56.
(26)DOHI, Yoshio, op.cit., p.120.
(27)MIHARA, Tokuguen, B.Taut: Herstellung von Kunsthandwerk in Takasaki, in Bruno Taut 1880-1936, Akademie der Künste, pp.137-142.
(28)DOHI, Yoshi, op.cit., p.122, cite TAUT, Bruno, Reisenotizen-Japan, 4.05.1933.
(29)DOHI, Yoshio, op.cit., p.125, cite Taut, Das Bleibende, in Das japanische Haus und sein Leben.
(30)DOHI, Yoshio, op.cit., p.123.
(31)MIHARA, Tokuguen, op.cit., p.137.
(32)MIHARA, Tokuguen, op.cit., p.137.
(33)CHANG, Chin-yu, op.cit., p.58.
(34)CHANG, Chin-yu, op.cti., p.58.
(35)MIHARA, Tokuguen, op.cit., p.141.
(36)MIHARA, Tokuguen, op.cit., pp.138-139.
(37)MIHARA, Tokuguen, op.cit., p.139.
(38)DOHI, Yoshio, op.cit, p.122, cite TAUT, Nippon, et p.124-125, cite TAUT, Das Bleibende in Das japanische Haus und sein Leben.
(39)DOHI, Yoshio, op.cit., p.122, cite TAUT, Reisenotizen 10.05.34.
(40)DOHI, Yoshio, op.cit., p.127.
(41)DOHI, Yoshio, op.cit.,
p.123.